Le tour du monde de Donald Crowhurst, le « drame maritime du siècle » !

Dans notre précédent article paru en juillet dernier, nous vous présentions la course Golden Globe Race et plus particulièrement son édition 2018. Afin de célébrer les 50 ans de cette incroyable course, un nouveau tour du monde a été organisé en gardant le même règlement et les mêmes conditions de navigation qu’en 1968. D’ailleurs, les navigateurs sont toujours en mer !

La GGR est devenu un événement sportif légendaire en faisant les gros titres des journaux du monde entier lors de sa première édition. En effet, Sir Robin Knox-Johnston accomplissait, pour la toute première fois de l’histoire, un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance ! Un véritable exploit pour l’époque. Mais cette course devenue mythique s’est également fait connaître pour une toute autre raison. Un événement tragique duquel naîtra ce que l’on appelle encore aujourd’hui le « drame maritime du siècle ».

Dans ce second article, nous avons décidé de mettre en lumière l’histoire de Donald Crowhurst et de son parcours imaginaire lors de la GGR de 1968. L’ouvrage « L’étrange Voyage de Donald Crowhurst » aux éditions Arthaud et le film de James Marsh « Le Jour de mon Retour » nous ont aidé à résumer grandes étapes du voyage de Donald. Nous avons également retracé l’itinéraire fictif et réel du navigateur directement dans TIMEZERO afin que vous puissiez visualiser et mieux comprendre les différentes phases de son parcours. Si vous êtes utilisateur de TZ Navigator v3, vous pouvez visualiser le parcours de Donald Crowhurst sur votre logiciel en téléchargeant le fichier « .tzd » en cliquant ici.


Légende :

Trace verte claire = Position du vrai journal de bord
Trace vert foncé = Véritable positions
Trace rouge = Position du journal de bord fictif
Cercles Jaunes = Zones approximatives de zig zags

Remarque :

Certaines marques et surfaces présentées dans le document viennent de géolocalisations récoltées dans le livre « L’étrange Voyage de Donald Crowhurst ». Certaines zones affichées sont des interprétations et sont représentées à titre indicatif afin de vous aider à mieux interpréter le voyage de Donald Crowhurst.


A la conquête de la gloire :

C’est en 1968 que le journal anglais Sunday Time décida d’organiser une compétition jamais vue auparavant : réaliser le premier tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance ! Afin de relever ce défi complètement fou pour l’époque, neuf marins répondirent à l’appel. Parmi eux, Sir Robin Knox-Johnston, qui sera d’ailleurs le seul à terminer la course, et un certain Donald Crowhust, alors inconnu du grand public.

Ce père de famille vivait une vie paisible à Teignmouth, une petit ville portuaire située au sud de l’Angleterre. Passionné par la navigation, il gérait une petite entreprise qui produisait des instruments de navigation maritime. Donald fut notamment l’inventeur du Navicator (à ne pas confondre avec TZ Navigator), un radiogoniomètre portatif.

Les ventes de sa société avaient du mal à décoller lorsque Donald entendit parler de la GGR. Il décida d’y participer, et ce malgré son manque d’expérience en navigation. La GGR était à la fois le moyen d’accomplir un rêve, un véritable exploit humain, mais c’était également pour lui une incroyable opportunité de réaliser un coup de pub autour de son affaire. Persuadé qu’il pouvait gagner cette course, Donald ira même jusqu’à mettre en garantie sa société et sa maison pour financer le projet et la construction du trimaran.


Le dilemme :

Après des mois de préparation, c’est finalement le 31 octobre 1968 que Donald Crowhurst prit le départ depuis le port de Teignmouth. Le navigateur amateur se retrouva alors seul sur un bateau à peine fini pour sa première mise à l’eau et au milieu de vivres et de matériels épars.

Les 15 premiers jours de navigation furent assez médiocres avec des performances bien en deçà des estimations préalablement faites par Donald. Le 15 novembre 1968, il se situait toujours au large du Portugal.

Vers le 7 décembre 1968, le bateau se trouva tout proche des côtes de l’île de Santa Antao, au Cap Vert. C’est sans doute à ce moment-là que le voyage de Donald Crowhurst prit une tournure tragique !

Déjà à ce moment-là, son trimaran, le Teignmouth Electron, souffrait de plusieurs avaries dont notamment une coque qui prenait l’eau. Avant de s’élancer dans la course, Donald avait calculé qu’il pourrait effectuer son tour du monde en une centaine de jours. Finalement, le voyage s’annonçait beaucoup plus long et bien plus périlleux que prévu.

Devant ce constat, Donald dû rapidement faire face à un dilemme de taille : faire demi-tour et rentrer à la maison défaitiste et ruiné ou bien continuer la course dans de mauvaises conditions et mettre ses jours en péril ? Il décida finalement d’opter pour une solution bien plus drastique : un tour du monde inventé de toute pièce en communiquant de fausses positions par radio.


Le prétendu tour du monde :

Donald Crowhurst entama son voyage fictif en communiquant une première fausse position le 18 décembre 1968. Il envoya un message affirmant qu’il se situait au sud de l’équateur alors qu’en réalité, il se rapprochait des côtes sud-américaines, à 600 milles de là !

Afin d’éviter les situations embarrassantes et les questions sur ses positions exactes lors de ses communications par radio, Donald décida de stopper tout échange avec le monde extérieur le 15 janvier 1969. Avant de feindre un problème de radio, il affirma se trouver dans les 40e rugissants à une centaine de milles au sud-est de l’île Gough. Il ne communiquera plus avec le monde extérieur durant onze semaines !

En réalité, le Teignmouth Electron se situait au large de Rio de Janeiro, au Brésil. Maintenant que Donald n’avait plus à affronter les questions de son attaché de presse et de ses proches, il n’avait plus qu’à laisser passer le temps. Attendre dans une zone calme où le trafic maritime se faisait rare. Pour cela, il effectua des zig zags au large du Brésil et de l’Argentine.


Sur la terre ferme :

Soucieux de l’état de son catamaran qui empirait de jour en jour, Donald Crowhurst décida une nouvelle fois d’enfreindre le règlement de la GGR en accostant pour réparer son flotteur endommagé. Afin de s’assurer la plus grande discrétion, il décida de mouiller en février 1969 sur la baie de Samroromon à Rio Salado en Argentine. Un lieu éloigné des grandes zones portuaires de Buenos Aires et Montevideo où personne ne pourrait le repérer.

Le navigateur pu alors se procurer du matériel pour réparer le bateau et s’assurer un retour en Angleterre en toute sécurité.

Durant tout le mois de mars 1969, Donald Crowhurst navigua au large de l’Argentine avant de se rapprocher finalement des îles Falkland.


Pris à son propre jeu :

Le 18 avril 1969, Donald reprit contact avec les commissaires de course basés à Portishead et annonça son passage au Cap Horn. Surpris par de telles performances, les journalistes du Sunday Times et de la BBC relayèrent l’information et encensèrent le navigateur. En effet, même si Sir Robin Knox-Johnston avait déjà terminé la course, Donald Crowhurst, parti quelques semaines plus tard, était le plus rapide !

Au fur et à mesure des jours, des semaines et des mois passés en mer, les autres participants avaient également rencontré leur lot de difficultés. A tel point qu’en ce mois d’avril, Donald Crowhurst se retrouva seul en compétition. Le reste des navigateurs avait alors été éliminé, avait déclaré forfait ou bien leurs bateaux n’avaient pas tenu le coup, comme c’était le cas pour Nigel Tetley. Tous les projecteurs se tournaient donc sur Donald Crowhurst et sur ses journaux de navigation ! Suite au naufrage de Tetley et selon les faux relevés de position, Donald ne pouvait que gagner cette course. Les performances hors du commun qu’il avait inventées de toute pièce étaient bien meilleures que celle de Sir Robin Knox-Johnston. Qu’il le veuille ou non, le capitaine du Teignmouth Electron était le plus rapide ! Le 20 juin, il se trouvait au niveau des Horses Latitudes.


Une seule échappatoire :

Comment assumer un tel mensonge ? Comment faire face aux journalistes ? Comment affronter le regard de toute une population qui vous élève à l’échelle d’un héros ? Mais surtout, comment justifier aux commissaires de course un journal de bord falsifié ?

Pris au piège, Donald Crowhurst était seul face à ses démons. Seul depuis des mois, coupé du monde extérieur durant des semaines, pouvait-il encore avoir une appréciation raisonnable de sa situation ? Dans cette posture inextricable il entra dans une schizophrénie paranoïaque, dans un délire alimenté par son imposture et par son isolation totale. Donald Crowhurst écrivit que la seule façon qu’il avait d’échapper à ce mensonge était de quitter son corps afin de devenir un être cosmique. Il devait devenir un dieu ! Pour se délivrer de son péché, sa seule échappatoire était la mort !

Finalement, le Teigmouth Electron fut retrouvé à la dérive en plein milieu de l’Atlantique nord, sans équipage à bord. Dans la cabine tout était intact et les journaux de navigation étaient posés sur la table à carte, sauf un : le tableau de bord contenant son faux tour du monde !


L’histoire de Donald Crowhurst et son prétendu voyage autour du monde est une histoire assez improbable, parfois même encore difficile à croire.

Vous voulez en savoir davantage sur le « drame maritime du siècle » ? Nous vous invitons à lire l’ouvrage de Ron Hall et Nicholas Tomalin « L’étrange Voyage de Donal Crowhurst » aux éditions Arthaud. Le livre retrace en détail le voyage du navigateur, il met également en lumière la personnalité et la psychologie de ce personnage atypique.

Dans un autre registre, nous vous conseillons le film « Le Jour de mon Retour » qui retrace la traversée de Donald Crowhurst. Ici l’accent est davantage porté sur la relation entre le navigateur et sa femme. Une belle interprétation pour découvrir ou redécouvrir le « drame maritime du siècle » en famille.

Pour vous aider dans l’interprétation et la compréhension du voyage complexe de Donald Crowhurst, nous vous invitons a télécharger notre fichier TIMEZERO « .tzd » pour TZ Navigator v3 avec toutes les marques, surfaces et traces :