Photographe maritime et Peintre officiel de la Marine depuis 2021, Ewan Lebourdais, partenaire TIMEZERO basé à Brest, nous embarque à bord de Sweetie VIII pour une navigation entre l’île d’Yeu et la Bretagne sud. Utilisateur de TZ Professional et TZ iBoat, il raconte comment modèles météo, routage, polaires et données de navigation accompagnent ses décisions en mer, sans jamais remplacer l’essentiel : l’expérience et le jugement du marin.

Sept ou huit heures que nous avons quitté l’île d’Yeu. Devant l’étrave, encore quelques heures de mer avant la Bretagne sud. Concarneau n’était d’ailleurs pas tout à fait la destination prévue.
Nous pensions initialement rejoindre les Glénan. Mais des orages étaient annoncés et, en mer, l’incertitude météorologique mérite mieux qu’une intuition. Ce matin, à la table à cartes, nous avons donc confronté plusieurs hypothèses : plusieurs modèles météo, notamment le modèle européen ECMWF et AROME dans son maillage le plus fin, et les différents routages proposés par TIMEZERO à partir de chacun d’eux.
Comparer plutôt que croire.
Observer les divergences de prévisions, regarder les bascules prévues, leur chronologie, les renforcements du vent, les trajectoires proposées. Puis exercer ce qui reste finalement la part essentielle du navigateur : son jugement.
Nous avons choisi Concarneau et conservé le routage issu d’AROME.
Depuis, il fut assez fascinant d’en observer la précision. Au fil des heures, les bascules de vent sont arrivées là où elles étaient attendues, comme les renforcements. Les changements d’allure et de voilure se sont enchaînés avec une remarquable cohérence et, en suivant la route proposée, l’adéquation entre le modèle météorologique et le routage TIMEZERO s’est révélée d’une précision redoutable.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un modèle « sait » ce que sera la mer.
C’est même presque l’inverse qui m’intéresse : lorsque la situation devient incertaine, et plus encore lorsqu’elle peut devenir dangereuse, disposer de plusieurs modèles et pouvoir provoquer plusieurs routages permet de confronter des scénarios. De les comparer. De les critiquer. Et finalement de n’en retenir qu’un, parce que sa lecture de la situation paraît la plus cohérente avec ce que l’on observe réellement autour du bateau.
Mais le modèle météorologique n’est qu’une moitié de l’équation. L’autre, c’est le bateau.
À la table à cartes, le module de routage travaille avec la polaire de notre fier Hallberg-Rassy : sa capacité théorique à avancer à telle vitesse, sous telle force de vent et à tel angle. Autrement dit, TIMEZERO ne cherche pas seulement où le vent sera favorable ; il confronte cette météo à ce que le bateau est réellement capable d’en faire.
Et cette polaire elle-même n’est pas figée.
La « boîte noire » de TIMEZERO enregistre les données de navigation. Mille après mille, allure après allure, dans différentes forces de vent et différentes configurations de voiles, ces logs constituent une matière qui permettra d’affiner encore les polaires de Sweetie VIII en les confrontant à ses performances réellement observées.
La fameuse data qu’affectionne tant le monde de la course au large.
Il y a quelque chose d’assez savoureux à appliquer cette même logique à un Hallberg-Rassy de vingt tonnes : apprendre du bateau en naviguant, transformer l’expérience en données, utiliser ces données pour mieux décrire le bateau et, demain, donner au routage une représentation encore plus juste de ses capacités.
Une sorte de cercle vertueux : la polaire nourrit le routage, la navigation produit de la donnée, et la donnée vient à son tour affiner la polaire.
Quelques heures plus tard, pourtant, toute cette mécanique est devenue presque invisible.
Sweetie VIII glisse maintenant au portant, sous un vent de terre. La mer est plate. Je me suis installé tout à l’avant, sur le teck, en vigie, avec un café, les jumelles Steiner à portée de main et la télécommande du pilote Raymarine.
Devant moi, sur l’iPad, TZ iBoat reprend l’univers de navigation du bord : la route calculée ce matin, notre progression, les instruments et les données qui circulent sur le réseau NMEA. Le journal de bord s’écrit lui aussi au fil des milles ; je peux y inscrire un changement de voile, une évolution du vent ou simplement l’événement qui mérite de laisser une trace.
Et puisque Starlink est connecté à bord, cet univers ne s’arrête même plus aux filières du bateau : les informations se synchronisent en temps réel dans le cloud.
Si je quitte l’avant pour retourner au cockpit, régler une écoute ou m’occuper d’une manœuvre, l’iPhone dans ma poche reprend à son tour cette même navigation. L’information n’est plus attachée à la table à cartes. Elle accompagne le marin là où il doit être.
Et puis, posé à côté de l’iPad, il y a l’essentiel. L’ouvrage « La Longue Route », de Bernard Moitessier. Le contraste est assez savoureux.
Moitessier avec son sextant, ses tables et son estime, penché sur sa table à cartes. Et, quelques décennies plus tard, un voilier dont les instruments dialoguent sur un réseau numérique, dont la route résulte de la confrontation de modèles météorologiques à haute résolution avec la polaire du bateau, dont chaque navigation produit de nouvelles données pour mieux connaître encore ses performances, et dont le journal de bord se synchronise, en pleine mer, dans un cloud quelque part à terre.
Pourtant, je n’y vois aucune opposition.
Les instruments changent. Le sens marin, beaucoup moins.
Il faut toujours regarder dehors, comprendre le vent, surveiller le ciel, expérimenter, choisir sa voile, tenir son journal, savoir où l’on est et décider où l’on veut aller. Aucun algorithme, aucune polaire, aucun modèle météorologique ne dispense de cela. Bien choisis, bien calibrés et surtout soumis à l’œil critique du marin, ces outils permettent simplement de le faire autrement, plus facilement.
Et il y a là un dernier paradoxe que j’aime assez.
Toute cette technologie — satellites, modèles météo, routage, polaires, data, NMEA, pilote, tablette, téléphone, Starlink et cloud — finit par produire quelque chose qui n’a absolument rien de technologique : du temps.
Le temps de s’installer en vigie sur l’avant. De regarder la mer. De boire un café. Et de reprendre Moitessier là où je l’avais laissé quelques milles plus tôt.
À moins, évidemment, de pousser le paradoxe un peu plus loin.
Sortir de sa boîte le sextant Cassens & Plath, reprendre une hauteur comme autrefois et reporter le point… directement dans TIMEZERO, devenu pour l’occasion table à cartes numérique.
Du sextant au cloud, puis du cloud à la carte… La boucle serait alors parfaitement bouclée. Mais ça, c’est une autre histoire. Et elle sera racontée plus tard.
