De Cape Town à Stanley – un voyage d’hiver

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Chris Harris, Ambassadeur TIMEZERO, travaille sur les bateaux de la compagnie Pelagic Expeditions depuis 2007, dont le « Pelagic Australis » avec lequel il a récemment mené une expédition de Cape Town en Afrique du Sud à Stanley dans les îles Malouines. Voici son récit :


« Début août – Le moment est arrivé de ramener le « Pelagic Australis » à ses terres de prédilection et naviguer dans le sud-ouest de l’Atlantique et l’Antarctique.

À nous quatre, Alec et Giselle, ma partenaire Paula et moi-même, nous avons travaillé sur le bateau à Cape Town, en Afrique du Sud, depuis la mi-juin ; nous concentrant sur la réparation, la révision et la préparation du bateau pour sa prochaine expédition durant la saison Antarctique. Le « Pelagic Australis » est un sloop en aluminium de 24m construit sur mesure pour supporter une navigation en haute latitude.

La saison Antarctique représente neuf mois et demi de navigation, 30 000 miles à parcourir et typiquement un radoub de deux mois à Cape Town. Ce passage en cale sèche nous permettant de réparer les usures et apprêter le bateau pour la saison suivante.

Nous avons quitté le Cap après un radoub express de 6 semaines afin que le « Pelagic Australis » soit de retour à Stanley, dans les îles Malouines, à temps pour son expédition hivernale vers la Géorgie du Sud dès le début de septembre. Notre équipage est habitué à cette expédition que nous avons tous déjà fait, nous connaissons donc déjà les conditions auxquelles s’attendre.

Le plan de notre traversée suit la route proposée par TZ Navigator v3, comme présenté dans la capture d’écran ci-dessous :

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Le voyage doit se dérouler en 3 grandes étapes :

  1. rejoindre le premier waypoint situé à 30sud 15ouest en prenant la direction ouest-nord-ouest
  2. direction ouest-sud-ouest jusqu’à l’estuaire Rio de la Plata
  3. cap au sud jusqu’à Stanley

Les systèmes météorologiques influencent fortement ce choix de route en raison des hautes et basses pressions et de leurs rotations dans l’Atlantique Sud qui se forment sur la Patagonie. L’objectif est toujours de mettre le cap au nord pour atteindre les vents d’ouest (Weterlies) dans la zone sud de l’Atlantique. Pour gagner du temps, il faut alors trouver l’itinéraire le plus court à travers les zones où la pression atmosphérique est haute. Le moteur du bateau doit être utilisé pour les traverser plutôt que de les contourner à la voile, évitant ainsi de trop s’éloigner de la route. Naviguer avec un voilier d’expédition requiert de prendre des décisions et de faire des choix relativement différents de ceux que l’on peut faire à bord d’un navire de croisière ou lors d’une course.

Une fois arrivé au waypoint situé au centre de l’Atlantique, l’idée est de mettre le cap vers le prochain waypoint, l’estuaire de Rio de la Plata. Une fois à l’approche du waypoint, à environ 500 miles, toute l’attention se porte sur le passage de ce « coude ». Avec les vents sud-ouest prédominants en cette saison, il n’est pas bon de naviguer dans la zone nord-est de Stanley. Habituellement, la tactique est donc d’approcher le plus possible du waypoint défini à Rio de la Plata, avant de virer au sud. Or, il n’est possible de prendre ce cap qu’une centaine de miles avant de l’atteindre, pas avant. Ensuite, il reste environ 1 000 miles de navigation, soit 5 jours au total en vu des conditions attendues. Avec des depressions quasiment tous les 3 jours, on s’attends à en croiser une au moins une fois.

Ça c’était notre plan, mais cela ne s’est pas déroulé comme nous l’espérions… Alors que s’est-il réellement passé ?


Nous téléchargions les données météo au moins une fois par jour, la plupart du temps en soirée pour pouvoir en discuter lors du dîner, ou au petit matin pour les situations exceptionnelles. De plus, pour garder de la bande passante satellite lors du téléchargement d’un fichier GRIB, je sélectionne uniquement les vents, la pression et la pluie à 12 heures d’intervalles. Parfois dans les situations délicates, je télécharge les hautes pressions (500 mB) et les températures ou bien je diminue les intervalles à 6 heures. Les raisons pour lesquelles je télécharge les prévisions des vents sont évidentes : le graphique des pluies me donne une meilleure visibilité sur l’évolution de la météo et les pressions atmosphériques me donnent des indices sur leurs progessions. Je compare systématiquement la direction des vents réelle et la pression atmosphérique avec les données obtenues par les instruments et le baromètre. J’obtiens ainsi des prévisions précises sur la position et le temps.

TZ Navigator v3 permet un ajustement des paramètres pour les vents, les vagues et la position directement dans les fichiers GRIB (Menu TIMEZERO > Options > Routage). Cette fonctionnalité est très pratique notamment lorsque les observations indiquent que le GRIB est inaccessible (situation qui arrive régulièrement lorsque que l’on se trouve au milieu d’un océan avec peu de bouées météo et de navires d’observation).

Lors de cette traversée je n’ai pas téléchargé de données sur les vagues, ni utilisé le système de routage inclus dans TZ Navigator v3 en raison de notre navigation. A bord d’un voilier, la navigation est différente et ces options sont très utiles. Mais dans notre cas, le routage était effectué directement par Alec et moi-même car il fallait prendre des paramètres de navigation inhabituels pour pouvoir livrer le « Pelagic Australis » dans un état et des conditions favorables à la grosse saison qu’attend notre bateau !

La capture d’écran au moment du départ, ci-dessus, montre que les hautes pressions atmosphériques n’étaient pas dominantes, elles sont apparues plus tard. En raison des vents de face, nous avons dû nous aider du moteur pour atteindre le premier waypoint. Cette année, nous sommes parti un mois plus tôt que d’habitude, les faibles pressions de l’Atlantique sud suivaient leur cours hivernal. Du coup, notre route a été légèrement déviée de quelques degrés vers le nord et les températures étaient plus fraîches que d’habitude. Après avoir atteind le waypoint, il était préférable de longer les vents d’ouest (Weterlies) plutôt que de prendre la direction du sud.

Dans la capture d’écran de TZ Navigator v3 ci-dessous (prise en mode nuit, ce qui permet de préserver une bonne visibilité durant la navigation nocturne), nous pouvons voir les différentes routes proposées à l’écran. Celle en jaune est ma dernière prévision.

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Si on compare, ci-dessous, la prévision avec la trace réelle du bateau on peut voir qu’elles sont similaires.

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Dans la capture d’écran suivante, on peut clairement voir que l’on a viré vers le sud légèrement avant d’atteindre le « coude » en passant au travers des pressions venant de l’estuaire Rio de la Plata en bordant avec le meilleur VMG (« Velocity made good ») jusqu’à Stanley. Nous n’aurions probablement jamais essayé de prendre la direction du sud avant d’atteindre le « coude » sans les bénéfices d’un système de prévisions moderne et sans TIMEZERO qui nous a permis d’étudier toutes les options qui s’offraient à nous.


Pour la dernière étape, nous avons été assez rapide car nous devions arriver à Stanley avant le passage d’une profonde dépression avec des vents prévisionnels de 40 nœuds. Nous avons pu atteindre une moyenne de 200 miles par jour et sommes arrivé à quai avec un vent avoisinant les 30 nœuds.

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Au cours de l’expédition, nous avons rencontré deux problèmes techniques. Un premier avec le pilote automatique qui était programmé avec un indicateur de position du gouvernail usé et que nous avons dû remplacer. Le second avec un câble d’instrument à vent défectueux.

Au total, la durée du voyage aura été de 26 jours. Les vents les plus importants que nous avons traversés ont atteint les 40 nœuds. Pour un bon routage et une bonne planification, nous avions juste à enlever un ris dans la grand-voile lors des meilleures conditions malgré l’obscurité, l’humidité et des températures faibles. Nous avons toutefois pêché un nombre de poissons supérieur aux fois précédentes et avons utilisé un peu plus de carburant que d’habitude en raison de l’inéluctable vent de face durant la première partie de la traversée.

Bien arrivés, c’est le moment d’un repos bien mérité ! »


Les cartes C-Maps couvrant la zone Amérique du Sud, parcourues par Chris Harris, ont été mises à jour en mai 2016. Si cette zone comprend les cartes que vous utilisez ou si vous avez prévu de voyager dans ces mers, n’hésitez pas à les actualiser.

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